Depuis la nuit des temps, les hommes apprécient les vertus apaisantes et analgésiques des plantes.
Aujourd'hui encore, les deux tiers de la pharmacopée ont recours à leurs propriétés curatives. A travers les siècles, les traditions humaines ont su développer la connaissance et
l'utilisation des plantes médicinales.
Nos ancêtres vivaient en relation étroite avec leur environnement. Pour eux, recourir aux richesses provenant de la pharmacopée naturelle était probablement logique.
Ainsi, au cours des millénaires, un savoir immense concernant les effets des plantes médicinales s'est accumulé. Etant donné que par le passé ces connaissances étaient transmises oralement,
une grande partie de cette ancienne somme d'expériences c'est perdue. Les découvertes archéologiques semblent confirmer l'utilisation dès l'âge de pierre de certaines plantes telles que le
sureau. En revanche, on ne peut pas dire précisément si ces herbes étaient utilisées à l'époque uniquement pour l'alimentation ou bien également pour traiter certains maux ou maladies.
Les vieux écrits sur les plantes médicinales
Grâce à la découverte de parchemins et de livres, on a pu reconstituer les anciennes connaissances sur les simples. Grâce à eux, on perçoit clairement l'immense savoir acquis par l'homme
durant des millénaires.
En chine, un ouvrage décrivant plus de 350 remèdes fut rédigé en 2900 av. J-C. En Egypte, le papyrus Ebers a été écrit vers 1500 av. J-C, et comprend environ 900 formules
thérapeutiques. Les anciens Egyptiens étaient également des précurseurs dans le domaine de la recherche.
En 1500 av. J-C, ils organisèrent une expédition en Syrie afin de chercher de nouvelles plantes médicinales. L'ail, l'oignon et bien d'autres espèces étaient déjà utilisés à l'époque: leurs
domaines d'application et leurs principes actifs ont été confirmés par la science moderne.
Les grands noms
De nombreux noms de savants occupent une place particulière dans l’histoire de la phytothérapie. Le médecin Hippocrate, qui vécut de 460 0 370 av. J-C., s’imposa dans le domaine grâce à ses nombreux manuels et
thèses sur les remèdes et les simples.
Aristote (384-322 av. J-C) fait également partie des grands phytothérapeutes.
Après la naissance du Christ, le médecin grec Dioscoride (vers 40-90 apr. J-C) rédigea De materia
medica et joua un rôle primordial. Cet ouvrage comporte les descriptions et les modes d’action d’environ 700 plantes médicinales et resta,
jusqu’au temps modernes, un des plus importants livres sur les simples. A la même époque, à Rome, Pline l’Ancien (Caius Plinus Secondus) écrivit sa
Naturalis historia (histoire naturelle), un ouvrage sur les plantes médicinales composé de 37 tomes. Au
IIème siècle de notre ère, Claudius Galenus, mieux connu sous le nom de Galien, entreprit d’étudier les anciennes connaissances sur les simples, de
les actualiser et d’y ajouter ses propres expériences en phytothérapie. Les écrits de ce philosophe et médecin personnel de l’empereur Marc Aurèle
servirent eux aussi de référence à de nombreux médecins herboristes, et ce jusqu’au moyen-âge.
Religion et médecine
En médecine traditionnelle, l’utilisation des simples était transmise oralement à la génération suivante. Les différentes graines étaient souvent associées à des mythes, des légendes et des pouvoirs magiques qui pouvaient être rattachés à des coutumes et des rites païens. Dans les monastères, en revanche, on conserva les anciennes connaissances médicales : de nombreux moines copièrent les vieux ouvrages, leur évitant ainsi de tomber dans l’oubli.
Dans l’esprit de la religion chrétienne, les religieux devaient s’occuper des malades. En 529, saint Benoît de Nursie, qui peut être considéré comme le précurseur de la médecine monastique, fonda un cloître au mont Cassin. En 550, le moine bénédictin Cassiodore établit en Italie un monastère Vivarium, la première académie où les moines étaient formés à l’utilisation thérapeutique des simples. L’emploi du temps incluait par exemple l’étude des écrits d’Hippocrate, de Dioscoride et de Galien, enseignés dans l’esprit de la religion chrétienne.
Les jardins monastiques
C’est l’empereur Charlemagne (742-814) qui rendit le programme d’étude de Cassiodore obligatoire dans les écoles monastiques et
canoniales, et promulgua en 812 le Capitulare de villis, qui régla la vie des monastères. L’empereur ne
laissa rien au hasard : il détermina très précisément quels végétaux devaient être cultivés dans les jardins monastiques, les plantes médicinales aux fruits et légumes. Entre autres, le souci officinal, l’ail et l’érythrée petite centaurée faisaient partie des cultures officielles des jardins carolingiens où les variétés
locales côtoyaient des plantes étrangères rapportées par les moines de leurs nombreux voyages.
Dans les « herbiers » on consigna les connaissances sur les plantes médicinales, on décrivit la botanique, les effets et l’utilisation des simples et on nota les recettes. De nombreux simples portaient cependant le même nom ou bien une plante se voyait attribuer des appellations différentes selon les auteurs, ce qui pouvait
entraîner des confusions. Célèbre pour son Hortulus, le moine Walafrid Strabo (808-849) est entré dans l’histoire. Dans ce recueil, le savant et poète décrit 23 plantes sous forme de
poèmes. Hildegard von Bingen (1098-1179), la fondatrice du monastère bénédictin de Bingen, est la seule femme reconnue en médecine, secteur dominé
par les hommes, Sainte Hildegarde rédigea le Physica et le Cansae et curare, importants ouvrages médicaux dans lesquels elle ajoute ses propres connaissances à celles déjà existantes. Saint Albert le Grand (1193-1280), évêque de Regensburg, a également étudié les plantes médicinales.
Un tournant dans la médecine
Au XIIème siècle, la médecine était étudiée dans les facultés au cours d’un cursus de plusieurs années. Grâce à la découverte de l’imprimerie au XVème siècle, les livres de simples furent pour la première fois accessibles à un plus grand nombre de personnes. Avec les temps modernes, la perception de la médecine se modifia et l »ancienne phytothérapie recula devant une nouvelle médecine dans laquelle on utilisait principalement un seul composant. Dans les siècles qui suivirent, de nombreuses connaissances sur les simples furent ainsi perdues. Cependant, à la fin du XIXème siècle, Sébastian Kneipp (1821-1897) se pencha sur ces anciennes connaissances et les remit au goût du jour.
Aujourd’hui, les connaissances ancestrales sont considérées à leur juste valeur : l’industrie analyse les simples et cherche de nouveaux remèdes dans les pays étrangers. On sait désormais que ce ne sont pas les composants isolés d’une plante qui lui donnent son principe actif mais plutôt la combinaison de substances qui donne le résultat souhaité ou évite les effets secondaires. Les hommes se tournent à nouveau vers la médecine douce et globale qui, pour de nombreuses maladies, apporte la guérison ou peut seconder le traitement allopathique.


